AI First : Repenser l'architecture logicielle pour l'ère de l'intelligence artificielle

Frederick Chapleau
AI First : Repenser l'architecture logicielle pour l'ère de l'intelligence artificielle

AI First : Repenser l'architecture logicielle pour l'ère de l'intelligence artificielle

Qu'est-ce que signifie réellement être AI First? Derrière cette expression se cache bien plus qu'un simple slogan technologique. Être AI First, c'est accepter de remettre en question la façon dont nous concevons et utilisons les logiciels. C'est repenser les interfaces, les processus et même la notion d'utilisateur telle qu'on la connaît aujourd'hui.

Le rôle historique des interfaces utilisateurs

Depuis des décennies, les interfaces utilisateurs ont été conçues pour une raison précise : structurer l'entrée d'information. Elles servent à guider les humains à travers des formulaires, des écrans et des étapes afin de permettre la transition des données d'un état à un autre, tout en respectant des règles d'affaires prédéfinies. Autrement dit, nos logiciels sont construits autour de l'idée que l'humain doit être encadré, corrigé et accompagné pour que les processus fonctionnent correctement.

Mais cette approche repose sur une contrainte fondamentale : l'humain.

Les utilisateurs n'ont pas toujours l'intérêt, le temps ou la rigueur nécessaires pour suivre parfaitement des règles complexes. Si une interface n'est pas assez intuitive, si une validation manque ou si un processus est trop exigeant, les données deviennent incomplètes, erronées ou mal structurées. C'est pourquoi nous investissons tant d'efforts à bâtir des écrans toujours plus clairs, plus ergonomiques et plus contraignants : pour compenser les limites naturelles de l'utilisateur.

L'intelligence artificielle : un changement de paradigme

L'intelligence artificielle change complètement cette équation.

Une IA n'a pas besoin d'une interface conviviale. Elle n'a pas de frustration, pas de fatigue et pas de manque d'attention. Lorsqu'on lui impose des règles, elle les suit. Lorsqu'on lui fournit des outils, elle les utilise. Et si un outil ne fonctionne pas du premier coup, elle peut réessayer indéfiniment, reformuler sa demande, chercher une autre approche ou s'acharner jusqu'à obtenir le résultat attendu.

Dans un monde réellement AI First, les interfaces actuelles deviennent en grande partie superflues.

Elles ne sont plus la porte d'entrée principale du système. Les processus eux-mêmes peuvent être abstraits, exposés sous forme d'outils et d'API, directement utilisables par des agents intelligents capables de comprendre l'intention, d'orchestrer les actions nécessaires et de gérer la persistance de l'information sans intervention humaine.

La rigueur comme exigence fondamentale

Cela implique toutefois une exigence fondamentale : la rigueur.

Être AI First impose une discipline accrue dans l'implémentation des règles d'affaires au cœur même des logiciels. Les processus doivent être définis clairement, exécutables de façon déterministe et exposés de manière cohérente afin d'être utilisables autant par un humain que par une intelligence artificielle.

Un système véritablement AI First n'est pas un système conçu uniquement pour l'IA, mais un système suffisamment bien structuré pour que les deux puissent y collaborer naturellement.

Les règles deviennent alors la pierre angulaire de l'architecture logicielle. Elles ne sont plus enfouies dans des interfaces, mais formalisées sous forme de services, d'outils et de mécanismes fiables que l'IA peut utiliser directement. Cette rigueur profite à tous : des processus plus robustes, une qualité de données accrue et une automatisation beaucoup plus profonde que ce que permettaient les approches traditionnelles.

Un exemple concret : l'inscription scolaire

Prenons un exemple du quotidien : inscrire son enfant à l'école. Aujourd'hui, on nous impose un formulaire en ligne. Pourquoi? Simplement parce que c'est la seule façon que nous avons d'entrer de l'information dans le système. Nous devons aller sur un écran, ouvrir un formulaire et y saisir manuellement des informations qui nous appartiennent et qui sont pertinentes pour le système.

Ces informations, nous les avons probablement déjà quelque part : dans un OneNote, dans un courriel, sur notre téléphone. Si nous ne les connaissons pas par cœur, il y a sûrement un service gouvernemental capable de nous les fournir de façon officielle.

Dans un monde AI First, le processus serait radicalement différent.

Nous dirions simplement : "Alexa, inscris mon enfant à l'école." L'assistant personnel utiliserait alors un outil offert par le centre de services scolaires pour procéder à l'inscription. Cet outil exigerait certaines informations précises.

L'assistant, sans relâche, irait chercher ces informations dans les sources auxquelles il a accès :

  • Office 365 pour retrouver des documents personnels
  • Services gouvernementaux déjà authentifiés (acte de naissance, preuve de résidence)
  • Courriel pour des confirmations antérieures
  • Calendrier pour les disponibilités

Il réutiliserait ces outils pour rassembler l'information nécessaire, puis utiliserait l'outil d'inscription pour compléter le processus.

La finalité : aucune interface utilisateur, aucune validation manuelle, aucune intervention de l'humain. Seulement des règles validées par les outils et des sources d'information légitimes, avec confirmation de l'utilisateur uniquement en cas d'ambiguïté.

Cet exemple illustre parfaitement ce que signifie être AI First : transformer des processus centrés sur des interfaces en processus centrés sur des capacités.

Du logiciel-destination au fournisseur de capacités

Une autre façon de comprendre ce changement fondamental :

Dans le modèle traditionnel, le but d'un logiciel est de résoudre un problème métier spécifique pour un utilisateur final. Le logiciel est une destination : l'utilisateur s'y rend pour accomplir une tâche précise.

Dans un monde AI First, le but fondamental change radicalement. Le logiciel n'est plus une destination, mais un fournisseur de capacités dans un écosystème d'orchestration.

Modèle traditionnel

  • 📐 Le logiciel possède le workflow complet : toute la logique de bout en bout
  • 👤 L'utilisateur s'adapte au logiciel : il apprend ses écrans, ses processus, ses contraintes
  • 🎯 La valeur = faciliter UNE tâche spécifique : optimisation d'un processus isolé

Modèle AI First

  • ⚙️ Le logiciel expose des capacités atomiques : des fonctions précises, bien définies, réutilisables
  • 🤖 L'IA compose ces capacités dans un workflow plus large : orchestration intelligente de multiples services
  • 🌐 La valeur = être un participant fiable dans un écosystème : interopérabilité et collaboration

Le logiciel AI First ne cherche plus à tout faire. Il cherche à bien faire sa partie dans un ensemble orchestré par l'intelligence artificielle.

Cette transformation exige une refonte complète de la conception logicielle : des monolithes autosuffisants vers des composants interopérables, des workflows rigides vers des capacités composables.

Notre vision : trois piliers pour l'ère AI First

C'est dans cette vision que nous faisons évoluer notre offre.

La Fondation : unifier humains et IA

Nous lançons une nouvelle version de la Fondation, une plateforme repensée pour permettre la publication d'interfaces destinées autant aux humains qu'aux intelligences artificielles. Plutôt que de bâtir deux mondes parallèles, la Fondation unifie l'accès aux fonctionnalités et aux données afin qu'un même logiciel puisse être utilisé naturellement par des utilisateurs traditionnels ou par des agents intelligents.

La Forge : développement rapide et accessible

En parallèle, nous annonçons la Forge, un nouveau produit qui transforme radicalement la façon de créer des applications. La Forge permet de générer rapidement, et à une fraction du coût habituel, des solutions logicielles complètes qui autrefois auraient exigé des mois de travail et des budgets importants. Là où le développement classique impose des cycles longs et coûteux, la Forge apporte vitesse, flexibilité et efficacité.

Cognito : un framework pour l'agentique

Enfin, nous introduisons Cognito, un framework d'agentique conçu pour faciliter l'intégration de l'intelligence artificielle dans les logiciels modernes. Cognito prend en charge la gestion des modèles, la définition des agents, l'orchestration des outils et l'implémentation des compétences nécessaires à leur fonctionnement. Il fournit un cadre structuré pour bâtir des systèmes réellement orientés IA, capables d'exécuter des tâches complexes de façon autonome et fiable.

Ces trois initiatives reposent sur une même conviction : le futur du logiciel ne sera pas centré sur des écrans, mais sur des capacités.

Au-delà des interfaces : le futur des capacités

Être AI First, ce n'est donc pas simplement ajouter une couche d'intelligence artificielle à des logiciels existants. C'est repenser la manière même dont ces logiciels fonctionnent. C'est imaginer un futur où l'interface utilisateur n'est plus le centre du système, mais une option parmi d'autres. Un futur où la transition des données, la validation et l'exécution des processus sont prises en charge par des agents intelligents outillés pour le faire.

Nous entrons dans une ère où la vraie question n'est plus : comment rendre nos écrans plus intuitifs?
La question devient : comment rendre nos systèmes directement utilisables par l'IA?

C'est cela, être AI First.